00243 Benda Bilili - 25 janvier 2008 18:30 par Jean-Christophe Lanquetin


TEXTE DE PRESENTATION GENERALE DU PROJET D’EVENEMENT D’ECOLE A STRASBOURG AUTOUR DU PARTENARIAT ABA/ESAD.

« 00243 Benda Bilili » veut dire : piger le truc / dérouler le fil / adresser un message codé à quelqu’un / un clin d’oeil de connivence / vois par toi même de quoi il s’agit / trouve par toi même à partir de ces données / association d’images préalables données sans suite logique, intentionnellement ou non... etc.

« 00243 Benda Bilili » est un événement public qui se place dans le contexte d’un partenariat initié en 2003 entre l’École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg (ESAD) et l’Académie des Beaux Arts de Kinshasa (ABA). Cet événement s’articulera autour d’actions passées et présentes, de discussions, d’expositions, de présentations de travaux en train de se faire, à Strasbourg en avril et en mai 2008 à « La Chaufferie » Galerie d’art contemporain de l’ESAD, puis à Kinshasa (ABA) en juillet 2008.

L’objectif de ce partenariat a été de favoriser la circulation d’étudiants et d’enseignants et de tisser des liens entre les deux écoles. Des séjours d’étudiants strasbourgeois à Kinshasa, des interventions d’enseignants kinois à Strasbourg et surtout des workshops pluridisciplinaires d’enseignants strasbourgeois à Kinshasa ont été organisé chaque année depuis quatre ans. Enfin, un cursus croisé expérimental commun qui a concerné une douzaine d’étudiants kinois aboutira cette année au passage d’un diplôme par 9 d’entre eux lequel sera suivi par des enseignants des deux écoles. C’est à cette occasion que « 00243 Benda Bilili » est organisé.

Des croisements et du travail en commun se sont réinventés en permanence dans un contexte où Il existe à ce jour encore trop peu d’échanges sur le long terme entre une école d’art française et une école d’art du continent africain. On peut se demander pourquoi, d’autant que les deux écoles, notamment du fait de fondements qui appartiennent à une même histoire (l’ABA a été fondée en 1940 par les belges sur le modèle des académies d’art européennes de cette époque), ont nombre de pratiques et de questions en partage, même si elles ont évolué selon des temporalités et dans des contextes radicalement différents. Le projet soulève des questions communes comme la notion d’arts décoratifs, ou l’académisme et son évolution (très différente dans les deux écoles) dans les pratiques et dans les enseignements. On a vu émerger des perceptions croisées sur les pratiques artistiques des uns et des autres, en particulier autour de notions comme « art contemporain » et « art africain ». D’autres questions sont apparues : les logiques d’assistanat, la relative absence des questions de formation dans les débats sur l’art contemporain en Afrique, etc. Nous nous sommes aperçu que les liens « nord-sud » entre écoles d’art, et en particulier avec le continent africain, sont un endroit complexe, fait d’attirance mais aussi de méconnaissance, d’incompréhensions, et dont les enjeux restent encore peu formulés.

Ce partenariat a eu la chance trop rare de pouvoir faire circuler un nombre significatif d’enseignants et d’étudiants dans les deux sens (une cinquantaine au total) et de se construire dans la durée. Depuis plus de 4 ans, les multiples expériences individuelles et collectives menées (workshops, résidences, projets personnels, cursus d’études…) ont permis de défricher et de faire émerger des enjeux, des espaces, des situations qui intéressent, dépassent, passionnent, voire suscitent du rejet. Les participants au projet ont à mettre en partage et à débattre, d’autant plus que les attitudes et actes d’artistes sont ici traversés par des questions particulièrement symptomatiques du devenir actuel du monde.

Cela touche explicitement à la persistance des représentations issues de l’histoire coloniale, notamment aux stéréotypes raciaux, et ceci d’un coté comme de l’autre. Pour être plus précis, nous sommes confrontés à la manière dont ces représentations sont inscrites en nous, et interfèrent dans nos perceptions et nos actes. Il est intéressant d’observer comment chacun tend à se réinstaller dans un rôle, une assignation, est rattrapé par les stéréotypes, et en même temps les interroge, travaille à s’en détacher. La question coloniale est au cœur du projet, elle fait constamment débat, crée des dissymétries dans sa mise en œuvre et influe sur la capacité à travailler ensemble.

Il s’agit aussi de contextes, soit d’écarts « nord-sud », de distances que le fait de circuler durablement met en travail. Ces écarts sont particulièrement perceptibles entre Kinshasa et Strasbourg tant les situations sont à la fois diamétralement opposées et pourtant ressemblantes, un peu comme les deux faces d’une même pièce. Nous y sommes concrètement confrontés car amenés constamment à en faire expérience à chaque moment du projet. De plus, ces écarts sont exacerbés par la question des visas qui interroge les inégalités en matière de liberté d’étudier et de circuler. Dans un tel contexte, comment se positionner face au désir de certains des artistes kinois de faire « buaka ngunda » de ne pas rentrer en RDC pour rester illégalement en France. Quelques uns d’entre eux, suite à leur résidence à Strasbourg, ont fait ce choix et il sera intéressant d’en parler.

En tentant de jouer ensemble des représentations et des contextes, le projet, en lien avec le fait qu’il est ici question de pratiques d’artistes, de « partage du sensible », questionne l’avenir, l’invention de nouvelles citoyennetés, de liens entre les individus dans un monde post-colonial.

Trois champs de réflexion seront principalement abordés :
La formation : On parlera de la place des écoles et des pratiques pédagogiques dans le contexte actuel des échanges « nord-sud », des questions que se posent les enseignants de l’Académie des Beaux Arts de Kinshasa sur les pédagogies. Dans l’autre sens, de quelle manière la présence et les pratiques d’étudiants kinois à l’ESAD interroge les dispositifs de formation d’une école d’art française, notamment la transversalité des pratiques. On parlera aussi de la question des diplômes, d’équivalences inter-écoles, etc. On questionnera enfin l’avenir du partenariat et quelles suites lui donner.

Les pratiques artistiques et les questions autour d’un art contemporain dit « africain ». A commencer par celle de savoir si cette formulation a un sens. Quel est le point de vue des artistes, leurs désirs, ce qu’ils entendent défendre et de quelle manière. Y a t’il des différences dans les pratiques artistiques selon les endroits où l’on se trouve ? Questions aussi autour de l’influence du « nord » sur le « sud », des dissymétries qui favorisent les pratiques de prédation, autour des résistances aux logiques dominantes de l’art, du peu de lieux de monstration sur le continent africain, des identités, du rôle de la mondialisation.

La place de l’art dans l’espace public : La ville de Kinshasa peut être regardée comme un vaste laboratoire de questions urbaines ultra contemporaines. Surtout, le rôle et la place des artistes s’y pose constamment, ne serait-ce que parce qu’ils ne cessent de s’y confronter. Ils y interviennent, en occupent l’espace public de multiples manières et cherchent à dialoguer avec les habitants, à les interroger. En regard, une ville comme Strasbourg pose autrement des questions similaires sur la manière dont une ville est perçue et pratiquée, sur la place de l’art dans l’espace public et la relation aux habitants.
« 00243 Benda Bilili » n’est pas un colloque, mais tentera de mettre ces questions, et d’autres, au jour lors d’échanges, de récits d’expériences, de débats polémiques, d’apports d’informations, d’actes de création. Un ensemble de moments de travail en commun autour des expériences menées et des projets des étudiants congolais inscrits au cursus croisé, avec les étudiants strasbourgeois, les artistes enseignants des deux écoles, et des invités. Une mise en jeu partagée et festive des contextes, des histoires, des représentations, des points de vue. Le tout ouvert au public.

« 00243 Benda Bilili » se déroulera en trois temps.
Rencontres les 2-3-4 avril 2008 / Chaufferie Au moment où les étudiants diplomables kinois arriveront à Strasbourg, nous organisons trois journées de travail collectif structuré autour de propositions faites à partir de leur pratique personnelle par tous les participants, enseignants et étudiants, kinois et strasbourgeois. La demande est d’énoncer sous forme de récits d’expérience, de « prendre le risque » de dire dans un cadre qui installe une relation de confiance et permette de s’exprimer librement. Et faire qu’ainsi on rentre dans les histoires, les processus, et que les questions se croisent. Ces journées seront accompagnées par des invités : Chab Touré, Nicolas Bancel, Achille Mbembé… (en cours) assisteront à nos échanges. Ils construiront leurs interventions autour de ce qu’ils auront vu et entendu et feront à leur tour des propositions.
En fin d’après midi et soirée :
Une proposition de Francisco Ruiz de Infante : « parler ensemble d’autre chose » (titre provisoire).
Chab Touré montrera le travail d’artistes de sa galerie qu’il conçoit comme un lieu de résistance à l’académisme qui règne dans l’école de Bamako, ce pourquoi il y intervient moins depuis plusieurs mois. Il portera un regard et donnera un avis sur les travaux des étudiants kinois et esadiens. Par ailleurs il est envisagé d’inviter Albert Clermont qui a réalisé de très nombreux interviews d’artistes maliens et grâce auquel nous avons pu entendre longuement Chab Touré s’exprimer.
Une proposition similaire pourra être faite à Achille Mbembé et à Charles Tumba.
Une rencontre avec Fatou Diomé (écrivain)
Une soirée « Récup-made », le grand soir de l’objet (à voir comment ça peut éventuellement s’articuler avec la rencontre avec Fatou Diomé) : autour d’une exposition de l’incroyable collection d’objets customisés collectés en Afrique et ailleurs par Jack Ringele, invention d’un défilé d’objet créés par les étudiants ESAD-ABA mettant en perspective la notion de ‘récup’. Cette présentation serait traversée par les commentaires de Marguerite Bobey et son ami rappeur et accompagnée par les flyers d’Anne Vaudrey (en cours).

Exposition du 2 avril au 23 mai / Chaufferie Une exposition à la Chaufferie, autour du partenariat, comme un récit de matière et une mise en espace du dialogue entre les deux écoles : traces des workshops, résultats de travaux, récits, films, où chacun propose des éléments liés à son expérience et à son travail d’artiste. Cette exposition est conçue comme un espace de sédimentation des événements qui s’y dérouleront, elle témoignera des 3 journées de débats d’avril et celles de mai la clôtureront. Son dispositif juxtaposera les approches et les points de vue afin de donner au visiteur la possibilité de lire les différences, les écarts et de saisir en quoi les réalités qui se vivent à Kinshasa et à Strasbourg sont en fait les deux faces d’une même pièce (en cours d’élaboration).

Rencontres les 21-22-23 Mai 2008 / Chaufferie
Autour des diplômes des étudiants kinois et d’étudiants de l’ESAD. Les projets seront présentés et débattus devant des invités extérieurs. Les présentations s’organiseront transversalement avec les trois options concernées, Objet, Art et Design.
En fin d’après midi et soirée :
ESP & Afro Futurisme night / proposition EH + Ewen Chardonnet + Thomas Lucas + étudiants kinois en réseau + étudiants strasbourgeois.
Une carte blanche à Roger Botembé.
Rencontre avec Dominique Malaquais et Franck Houndegla autour des villes africaines contemporaines.
Soirée de propositions d’étudiants Esad + kinois + guests. On aimerait aussi inviter les congolais vivant à Strasbourg & que les étudiants kinois connaissent.

Participants ABA & ESAD (enseignants et étudiants). Blaise Bang, Marguerite Bobey, Roger Botembe, Marie Dominique Dhelsing, Edith Dekyndt, Pierre Doze, Francois Duconseille, Eddy Ekete, Alexandre Fruh, Jean Francois Gavoty, Eléonore Hellio, Stéphanie Henry, Edwina Hoel, Sandrine Israel Jost, Iviart Izamba, Mélinée Kambilo, Ben Kuyena, Stephane Lallemand, Jean Christophe Lanquetin, Pierre Mercier, Androa Mindre Kolo, Mega Mingiedi, Barbara Morovich, Vitshois Mwilambwe, William Ndundu, Dominique N’Kayilu, Cedric Nzolo, Taty Ononoko, Jacky Ringele, Francisco Ruiz de Infante, Kura Shomali, Daniel Shongo, Géraldine Trubert, Pathy Tshindele, Charles Tumba, Christian Tundula, Appolinaire Wantina, Mabudi Woto, …

Invités pressentis : Franck Houndegla, Dominique Malaquais, André Magnin, Faustin Linyekula, Ngoné Fall, Chab Touré, Nicolas Bancel, Achille Mbembé, Jacques Hainard, Abdoulaye Konaté, Ewen Chardonnet, Fatou Diomé, Aimé Ntakiyika, Pascale Marthine Tayou. Enfin l’Ecole d’Art de Mulhouse, qui entame un partenariat avec l’ABA, sera associée à l’événement d’école.

« 00243 Benda Bilili » servira de base à l’élaboration d’une publication sur l’ensemble du partenariat.

Partenaires : Académie des Beaux Arts de Kinshasa / Ecole Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg / Ambassade de France à Kinshasa (dans le cadre d’un FSP) / Cultures France / Drac Alsace.

Ajouter un commentaire
4 Commentaires