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Contagion / Toni Negri - 25 janvier 2008 18:17 par Jean-Christophe Lanquetin
(à propos des « lieux communs de la conscience coloniale »)
Il y a deux aspects à cette connexion entre colonialisme et maladie. Premièrement, le simple fait que la population indigène soit accablée de maladie est en lui-même une justification du projet colonial.(…)La maladie est une marque de corruption physique et morale, un signe de manque de civilisation.Le projet civilisateur du colonialisme, donc, est justifié par l’hygiène qu’il apporte. Sur l’autre face de la médaille, toutefois, et dans la perspective européenne, le premier danger de la colonisation est la maladie – c’est à dire la contagion.(…) Il est toutefois intéressant de noter que, dans le Voyage de Céline, la maladie des territoires coloniaux n’est pas un signe de mort, mais d’une surabondance de vie. Le Narrateur, Louis-Ferdinand, trouve ainsi que non seulement la population, mais plus encore la terre africaine elle-même est « monstrueuse ». La maladie de la jungle est que la vie jaillit partout ; tout pousse, sans freins ni limites. Quelle horreur pour un hygiéniste ! La maladie que la colonie libère est le manque de frontières à la vie, une contagion illimitée. Si l’on regarde en arrière, l’Europe apparaît, de façon rassurante, stérile.(…) Le point de vue de l’hygiéniste est peut-être, en fait, la position privilégiée pour identifier les angoisses de la conscience colonialiste. L’horreur déchainée par la conquête européenne et le colonialisme est une horreur du contact illimité, du flux, de l’échange – c’est-à-dire l’horreur de la contagion, de la promiscuité, des croisements, du métissage et de la vie sans frein.(…) Les processus contemporains de la mondialisation ont abattu bien des frontières du monde colonial. Mais à côté de la célébration courante des flux sans obstacles, on peut ressentir encore une certaine anxiété à propos de la multiplication des contacts dans notre village mondial, et même une nostalgie certaine pour l’hygiène colonialiste. La face cachée de la conscience de la mondialisation est bien la peur de la contagion.
Toni Negri, Empire, pp 176-177
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